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18/01/2011

Le Figaro révise l'islamisme tunisien : Arielle Thedrel est incompétente

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Dans un article intitulé Le nouveau pouvoir tunisien face à l'inconnue islamiste , Arielle Thedrel, grand reporter au service étranger du Figaro a présenté un visage délirant de l'islamisme tunisien, qui restera dans les annales de la désinformation. Voici quelques lignes valant leur pesant de cacahuètes :

"C'est une vieille habitude. Au lendemain des législatives d'avril 1989, à l'issue desquelles les islamistes avaient obtenu officiellement 14 % des suffrages, le président Ben Ali avait décidé d'exclure du champ politique le parti Ennahda.

La victoire électorale du Front islamique du salut (FIS) en Algérie lors des élections de juin 1990 lui avait ensuite offert l'occasion d' exploiter   la menace d'un «effet domino». Présenté comme un péril pour la stabilité du pays, Ennahda avait été interdit et ses cadres torturés et emprisonnés. La légende de Ben Ali «rempart contre l'intégrisme» était née. Le fait est cependant qu'Ennahda, contrairement au mouvement islamiste algérien, n'a jamais basculé dans la violence et que cette formation était et demeure jusqu'ici plus proche des islamistes modérés de l'AKP turc que des barbus algériens du FIS."

Pour les bons connaisseurs de l'islamisme tunisien, une telle densité de contre-vérités serait risible si le quotidien n'était si prestigieux et influent .  Alors que les ouvrages disséquant le parti Ennadha sont nombreux - en langue arabe ou en langue française- et que les spécialistes de l'islam politique tunisien  sont à portée d'un coup de téléphone ( Antoine Sfeir, Hamadi Redissi, Riyadh Sidaoui,  Abderrahim Lamchichi...) le degré d'incompétence est gravissime.

Première contre-vérité: Selon Arielle Thedrel, donc, Ennahda n'aurait jamais basculé dans la violence. Qu'elle médite sur ces faits historiques :

- Les nombreuses manifestations islamistes dans les universités, notamment à Tunis, furent émaillées de violences graves au long de l'année 1986. Celle du 23 avril 1986 fit un mort, policier. Les représentants du parti Destour (parti de Bourguiba) sont visés physiquement. A l'époque, la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH) n'hésite pas à nommer le mal :

" La Ligue tient à insister sur le caractère très grave qu'a pris la violence cette fois-ci. Ainsi, des groupes d'étudiants appartenant au Mouvement Ennahda, ont commis de façon délibérée et organisée une série d'actes de violence grave, comme l'incendie d'institution éducatives, appartenant au peuple, dans le but de paralyser l'université, de la prendre en otage et ce dans le cadre d'une confrontation globale avec le régime" (communiqué du directeur de la LTDH du 18 mai 1991)

- Octobre 1987 : L'imam de la mosquée du Kram, Brahim el-Ouergui est vitriolé par des militants du MTI (mouvement de Ghannouchi fondé en 1981 qu'il rebaptisera Ennhada en 1989, constitué de la même direction) au crime d'être bourguibiste, il décède de ses blessures quelques jours plus tard. Quelques mois plus tard, un gardien de la paix de la région de Jendouba , Salah al-Manai, subit le même sort.

- 2 août 1986: quadruple attentat à la bombe dans des hôtels de Sousse et Monastir, qui firent treize blessés dont douze touristes britanniques et italiens. Le Monde du 2 septembre 1987 rapporte le contexte d'une montée aux extrêmes : " Avant même les attentats à l'explosif commis le 2 août dans les hôtels fréquentés par les touristes, les violences se multiplient. Des armes sont volées à des policiers en faction devant l'ambassade d'Arabie Saoudite, des membres des forces de l'ordre sont battus à mort lors des manifestations, des magistrats sont vitriolés et des lettres de menaces arrivent chez des journalistes tunisiens". Le philosophe Mezri Haddad rapporte dans son ouvrage  Non Delenda Carthago (Le Rocher, 2002)  que "Frappé de stupeur, fou de rage, Bourguiba exigeait la tête des hauts dirigeants de la secte islamiste. Il s'apprêtait ainsi à entrer dans le jeu diabolique des stratèges islamistes en leur offrant des martyrs. ' Si Dieu veut que je devienne le martyr des mosquées, qu'il en soit ainsi. Mais je vous dis que ma mort ne sera pas vaine et que de mon sang, naîtront des fleurs islamiques'  communiqua Ghannouchi (cité par Le Monde du 2 septembre 87). "

Condamné aux travaux forcés, ne dut la vie vie sauve qu'à Ben Ali décourageant Bourguiba de le condamner à mort afin de ne pas en faire un martyr. Erreur :

- 8 novembre 1987. Tentative de coup d'état préparée par Ghannouchi et son bras droit Salah Karkar. En mai 1991, Abdallah Kallel qui fut ministre de l'Intérieur lors de la tentative avorté de coup d'état, révèle que "la décision de passer à l'action violente y compris le projet d'assassiner le président Ben Ali, a été probablement prise en mars 1988, lors du dernier congrès d'Ennhada" (rapporté par Libération du 23 mai 1991). Le premier à vendre la mèche sera l'ancien numéro deux de Ennhada, Abdelfattah Mourou dans Jeune Afrique du 12 juin 1991 : "Rached Ghannouchi a toujours refusé de dialoguer; il a choisi le recours à la violence" . Ce même  Mourou démissionna du mouvement "non violent" du Figaro à la suite de l'action terroriste du 17 février 1991 contre un local du parti RCD à Bab Souika.

Mieux, dans un livre d'entretien avec les journalistes Nicolas Beau et Jean-Pierre Tuquoi intitulé Notre ami Ben Ali, sorti en 2002 à la Découverte, Salah Karkar (bras droit de Ghannouchi) avoue carrément : "Les sympathisants du MTI au sein de l'armée préparaient un coup d'Etat, prévu pour le 8 novembre (...) cette décision a été adoptée par le bureau politique du mouvement islamiste (...) Nous n'avions d'autres issues (...)le régime nous avait déclaré la guerre". Karkar explique qu'il quitta la Tunisie pour "obtenir l'accord des Frères Musulmans égyptiens et syriens et de certains milieux algériens pour le coup d'Etat" (page 41)

Heureusement à l'époque, cette machination qui impliqua des policiers et militaires  islamistes infiltrés, formant un groupe secret dénommé le "Groupe sécuritaire" (Mjmoua amniyya) échoua, 73 d'entre eux furent immédiatement arrêtés. La confiscation de la démocratie par une théocratie islamique était le but avéré. "Il n'y a pas lieu de concevoir une société islamique laique, ou un musulman laic, sauf si il abandonne ce qu'il y a de fondamental dans l'islam [...] une société ne peut être islamique que si elle n'est pas laique" expliquait Ghannouchi à Algérie Actualité (n°1252) en 1989 lors de son exil   D'ailleurs, Abdelfattah Mourou (numéro 2 de Ennhada à l'époque) ne cachait pas d'instrumentaliser le "processus parlementaire" pour des "raisons tactiques" , islam et démocratie occidentale étant "antinomiques" (propos issus d' une vidéo que révéla l'hebdommadaire Le Maghreb en juin 1990).

Salah  Karkar, numéro trois de Ennhada tint ces propos plus qu'ambigus, rapportés par Le Figaro du 8 novembre 1993 (madame Thedrel devrait pouvoir vérifier facilement) : "La violence? Je ne peux pas la conseiller...mais je ne peux pas la désapprouver" (sic) . On ne s'étonne donc pas qu'il fut soupçonné d'importer des armes en Tunisie en provenance d'Allemagne par la police tunisienne.

Selon Mohamed-Chérif Ferjani qui a analysé le discours de Ghannouchi dans son livre Islamisme, laicité, droits de l'homme "Quant aux moyens à utiliser pour combattre la "mécréance" et l'"injustice", R. Ghannouchi préconise le Jihad qui "varie selon l'étape" de l'action pour un "régime islamique" (pages 212-213). "Islamisme modéré", ah bon madame Thedrel ?

 

 Deuxième contre-vérité: Arielle Thedrel laisse aussi entendre que Ennahda n'aurait jamais eu de liens proches et très privilégiés avec le FIS, faisant de lui un parti islamo-conservateur démocratique comme l'AKP (si tant est que l'AKP corresponde à cette définition). Qu'elle médite donc sur ces quelques faits historiques :

- Lors de son exil à Alger en 1990 c'est Ghannouchi en personne qui a rédigé la plate-forme électorale du FIS pour les élections municipales algérienne de 1990, révèle Roland Jacquard dans son livre Au nom d'Oussama Ben Laden paru chez l'éditeur Jean Picollec en 2001. Mieux, c'est Ennhada qui a aidé le FIS à rencontrer les bailleurs de fonds au sein des monarchies arabes à la veille de la guerre du Golfe ajoute Jacquard toujours excellement informé. Selon un conseiller des Nations-Unies en matière de terrorisme, "en 1990 et 1991, Ennahda a envoyé de nombreux cadres en Algérie pour aider les militants du FIS dans leur campagne électorale". Le Nouvel Observateur du 14 juin 2001 a questionné Hichem Aboud (ancien directeur de cabinet de la Sécurité militaire algérienne) qui révéla "Lorsque les Tunisiens ont proposé, dans le cadre de la coopération, de filer Ghannouchi quand il venait rencontrer les gens du FIS, les services algériens ont refusé au nom de la démocratie [...] Les Tunisiens n'en revenaient pas : l'ambassadeur d'Arabie Séoudite allait au siège du FIS et rencontrait ses dirigeants (la direction de Ennahda). On savait pourtant que le FIS était financé par l'Arabie Séoudite. On laissait faire. On ne bougeait pas"

Pour des gens qui ne sont pas très proches du FIS selon Thedrel, c'est quand même bizarre !

Pour finir, on apprendra à Arielle Thedrel les liens entretenus entre l'Iran des Pasdarans avec Ghannouchi, afin de parfaire ses fiches pour ses prochains papiers sur l'islamisme  tunisien . Car pour information, voici la retranscription de l'allocution de Ghannouchi au 1er congrès islamique tenu à Téhéran du 4 au 6 décembre 1990 :

" Les premières lueurs de l'islam apparaissent, ainsi que les promesses d'un islam victorieux, avec un Etat islamique international [...] un islam qui règlera leur compte aux armées juives criminelles qui poursuivent leur croisade contre notre Umma [...] l'adversité est de nature à éveiller notre nation, et à l'inciter au djihad, à l'union et au combat contre ces régimes traitres qui nous oppriment"

Le Figaro peut faire un papier d'excuse ou de rectification...et/ou me demander quelques piges afin que ces énormités ne se reproduisent plus. Le Figaro avait déjà dû s'excuser platement l'année dernière pour un article d'Arielle Thedrel contenant des fausses allégations sur un homme d'affaire ukrainien, Rinat Akhmetov.

Joachim Véliocas, directeur de l'Observatoire de l'islamisation. Dernier ouvrage paru, Ces maires qui courtisent l'islamisme (Tatamis, 2010)

23:29 Publié dans 23- TUNISIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arielle thedrel | |  Facebook | |

Islamisme tunisien : retour imminent de Rached Ghannouchi

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Lu dans Jeune Afrique- édition du 15 janvier (extrait) :

"Dans une déclaration accordée à Al Jazira, Rached Ghannouchi (69 ans), président du mouvement islamiste El Nahda, a déclaré qu’il voulait figurer dans le gouvernement d’union nationale qui se prépare en Tunisie. Il s'est surtout étonné qu'on n'ait pas fait appel à lui, car il affirme que le futur gouvernement doit représenter toutes les tendances, dont celle des islamistes de son parti, El Nahda (la renaissance), interdit sous le régime Ben Ali et dont quelque 30 000 militants ont été arrêtés dans les années 1990.

Mais Ghannouchi n'est sans doute pas le bienvenu en Tunisie, où il a été condamné par contumace à la réclusion à perpétuité en 1991 pour complot contre l'ex-président Ben Ali - une affaire qui lui avait valu l'exil deux ans plus tôt. De Londres, où il vit désormais, il clame son innocence et invoque un procès politique destiné à briser l'essor de son parti qui avait réussi à remporter 17 % des voix aux législatives. Mais il annonce son prochain retour en Tunisie, le Premier ministre Mohammed Ghannouchi ayant assuré, lorsqu'il assurait l'interim de la présidence avant que celui-ci ne soit confié à Fouad Mebazza, que les opposants et exilés étaient libres de rentrer au pays." Lire la suite

                                 

Quand Rached Ghannouchi fréquentait L'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), membre du CFCM : 

Le texte qui suit est issu d'une annexe sur l'UOIF tirée du livre-enquête Ces Maires qui courtisent l'islamisme (éditions Tatamis, octobre 2010) :

"Rached Ghannouchi et Salah Karker (islamiste mêlé à la préparation d’attentats visant quatre hôtels en Tunisie le 2 août 1987, ce qui lui valu d’être depuis décembre 1987 l’objet d’un mandat d’arrêt international) seront jusqu'au départ de France du premier ou l’assignation à résidence du second, parmi les principaux hôtes officiels des premiers congrès annuels que l’UOIF tient encore au Bourget. Durant son séjour en France, de 1989 à 1992, Ghannouchi y prendra chaque année la parole à la tribune, En-Nahdha disposant, tout comme le FIS jusqu’en 1993, d'un stand dans l’enceinte de ce rassemblement. Dans une cassette vidéo  reprenant une conférence du cheikh Ghannouchi, enregistrée en 1992 au Bourget, le discours destiné aux fidèles en interne est très instructif.
La transcription de ce document en effet ne manque pas d’intérêt, si l’on se remémore que lors de ses rencontres avec des journalistes ou des hommes politiques tant européens qu’américains, cette figure emblématique de l’islam radical tient des propos non violents et aime donner d’elle-même une image moderniste, démocrate et pluraliste. Or, la traduction des discours de Rached Ghannouchi - de ses prêches plutôt - en arabe distille une toute autre vision des convictions de ce chef religieux musulman : «… l’Islam est une religion suprême par rapport à toutes celles qui l’ont précédé. C’est Dieu qui en a décidé ainsi et il en est le garant. [...] Il est écrit que cette religion l’emportera inéluctablement sur toutes les autres religions. Mais au prix d’un long parcours parsemé d’embûches. Une seule condition est requise : la communauté musulmane en tant que concept politique doit être unie dans la Miséricorde.
[...] Le principe primaire de cette croisade est le prosélytisme dans les lieux de prière.
[...] Il ne faut pas croire ceux qui vous disent que la politique ne doit pas se faire dans l’enceinte de la mosquée. Où se fait donc la politique ? La mosquée est le siège du gouvernement islamique. Où le prophète Mahomet et ses nobles successeurs conduisaient-ils les affaires de l’Etat ? N’est-ce pas dans la mosquée que la justice est rendue, l’enseignement dispensé et même l’entraînement ainsi que la conduite des opérations militaires ?
[...] Qu’est-ce que cette séparation de l’Etat et de la religion ? L’Ilmania [laïcité], c’est un concept de Kouffars [infidèles]. Regardez, par exemple, le grand Babbass [le Pape] et les religieux chrétiens ou les rabbins, ne tiennent-ils pas de discours politiques ? Le musulman devrait-il seul s’abstenir de s’occuper de politique ?
[...] Aujourd’hui la plupart des nations arabes sont dirigées par des Mounafiqoun [hypocrites]. Ces derniers se disent islamiques. En réalité, ils règnent sur les terres d’Allah au profit des kouffars, alors que le Prophète a mis en garde les musulmans de prendre pour tuteurs les chrétiens et les juifs. Ces gouvernements d’hypocrites sont plus dangereux que ces derniers et il importe de les combattre en priorité. [...] Ils se sont coalisés avec les gens du Livre [les chrétiens et les juifs] pour fouler le sol de la presqu’île Arabique, siège des deux Lieux Saints et qui plus est, pour combattre un pays musulman. Pourtant le prophète a dit : «j’ai purifié cette terre pour toujours, il n’y a pas de place pour deux religions». [...] les musulmans luttent partout et l’Islam connaît un état de grâce sans précédent. [...] Au siècle dernier, les musulmans étaient au nombre de 20 à Paris. Aujourd’hui, ils sont plus de deux millions. [...] Les mosquées, les établissements et les quartiers musulmans ont connu, depuis une vingtaine d’années, une expansion vertigineuse en France. [...] L’Iran, le Soudan sont devenus des états islamiques. L’lslam politique avance en Jordanie, au Pakistan, au Yémen, en Turquie, en Russie, en Bulgarie. [...] La formidable révolution islamique en Algérie est sans précédent. [...] Priez pour qu’elle soit bénite… ». Et Ghannouchi d’exhorter son auditoire : «N’oubliez surtout pas que vous êtes ici des immigrés au sens de l’immigration du Prophète avec ses compagnons pour étendre l’Islam. [...] Vos prédécesseurs étaient des ouvriers. [...] Tachez de devenir des patrons [...] Epargnez et créez des entreprises, telles que des sociétés de taxis, des boucheries. [...] Faites en sorte que pas un seul franc ne tombe ailleurs que dans la poche d’un musulman... ». En avril 1996, dans une tribune publiée par Die Zeit, quotidien d’Hambourg, le leader d’En-Nahdha se prononcait d’ailleurs clairement sur le sujet de la violence et de l’emploi de la force pour instaurer le règne d’Allah  : «... L’Islam frappe à toutes les portes. Il progresse par les moyens pacifiques partout où c’est possible. Mais si les portes lui restent fermées, alors il cherche à les ouvrir, parfois sous la pression du peuple, parfois en faisant usage de la violence... ».
 

Le  livre dont est tiré cet extrait :

12:00 Publié dans 23- TUNISIE | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |